Article de presse des années 90
Je le vois encore devant moi : « le vava », grand-père Louis — un forgeron impressionnant, avec beaucoup de charisme et de caractère, mais un cœur tendre, et éternellement amoureux de notre moemoe…
En 1934, il fonda la forge à ’s-Gravenwezel, après avoir appris le métier dans une vieille forge à Merksem.
Au début, il allait chercher le fer avec son triporteur et son chien de trait, jusqu’à Boom (!!) : un exploit incroyable, voire impossible de nos jours…
Durant la guerre, son atelier fut réquisitionné comme atelier d’armement, mais malgré cela, vava y resta maître des lieux. Preuve en est cette histoire où il mit littéralement dehors un officier allemand après que celui-ci, irrespectueux, avait jeté les marteaux de vava hors de l’enclume — heureusement sans conséquence…
Plus tard, il rencontra Jacques Wirtz, le célèbre architecte paysagiste flamand, avec qui une étroite collaboration naquit. Encore aujourd’hui, nous travaillons avec enthousiasme pour la famille Wirtz sur des projets nationaux et internationaux…
Mon père Staf, « le forgeron de Wezel », reprit la passion et le savoir-faire de vava avec une parfaite maîtrise. C’était un vrai bonheur de travailler tous les trois ensemble à l’atelier, par exemple sur les sculptures de jardin destinées au Japon, ou quand mon père m’emmenait, gamin, sur des chantiers impressionnants. Plus tard, je voulais devenir « inventeur », c’était mon rêve d’enfant. Les choses ont tourné autrement… ou peut-être pas : notre approche créative et notre capacité à intégrer de nouvelles idées sont devenues notre plus grande force. C’est fou de voir à quel point un enfant peut être proche de la vérité sans le savoir.
Entre-temps, le temps et la technique ont bien sûr évolué, et il y a environ 15 ans, la forge a été modernisée en profondeur. Il y avait encore cette vieille perceuse à colonne avec sa meule et son émeri, entraînée par des courroies en cuir — vava l’avait achetée d’occasion sur le chantier du canal Albert !! À regret, nous avons dû lui dire adieu, mais elle a été remplacée par une autre machine ancienne, de la firme liégeoise Pegark (célèbre pour son histoire de super-canon) : elle tourne encore ! Mon père m’a aussi raconté qu’il n’y avait pas de scie mécanique à l’époque, tout se faisait à la main : il fallait de la patience, du temps et des muscles…
J’ai donc énormément de respect pour les « forgerons d’autrefois », comme feu mon grand-père Louis et mon père Staf, dont nous continuons chaque jour à apprendre le métier à l’atelier…
Au fil des années, la ferronnerie a beaucoup évolué, tant dans l’approche que dans le style et la conception. D’un côté, une tendance totalement nouvelle est née pour les applications intérieures contemporaines (comme les lofts), les structures de jardin (supports pour plantes grimpantes), voire pour le fer artistique audacieux… De l’autre, on assiste à un renouveau des orangeries et des baies vitrées en fer forgé sous toutes les formes (style cottage, etc.) : un domaine dans lequel nous avons joué un véritable rôle de pionnier. Aujourd’hui encore, nous tirons quotidiennement profit de notre expérience intergénérationnelle et du savoir-faire acquis dans la conception et la construction de serres en fer forgé, jardins d’hiver, auvents de terrasse, baies vitrées, et n’oublions pas : la réalisation de magnifiques structures de jardin comme gloriettes, pergolas, galeries couvertes… qui ornent de nombreux jardins de renom et apparaissent souvent en photo dans des magazines.
Au début, c’est-à-dire quand j’ai commencé avec mon père et mon grand-père, c’était une véritable aventure de mener à bien nos premières missions à l’étranger. Travailler en « Hollande », par exemple, c’était une vraie galère administrative et douanière — alors imaginez plus loin… Aujourd’hui, nos œuvres se retrouvent au Japon, à New York, en Suisse, en Espagne, et plusieurs fois en France, en Allemagne et au Benelux (cf. références dans la rubrique info), et nous avons même assisté à la conception d’une serre d’hiver islandaise et d’un projet de jardin en Écosse…
Mais les plus belles œuvres, à mes yeux, sont encore celles de notre propre pays : la « porte solaire » à Malines, la restauration de l’entrepôt *Ijzeren Waag* à Anvers, l’orangerie d’un château à Hofstade, la serre à orchidées près de Meer, l’arcade du château Hof ter Linden, un poêle dans les Ardennes, et bien d’autres encore… En tant que Flamands, nous sous-estimons bien trop la richesse et la valeur de notre propre patrimoine culturel — alors qu’il est, ou pourrait être, de classe mondiale.
Sous la direction du célèbre architecte paysagiste Jacques Wirtz, nous avons dû fabriquer 6 sculptures en fer pour la participation belge. Celles-ci ont été réalisées dans notre forge à 's-Gravenwezel par moi-même, mon père et mon grand-père : trois générations sous un même toit.
Les sculptures étaient transparentes et divisées en parties qui ont été transportées par avion par Sabena. Au Japon, elles ont été montées et remplies de sacs de terre humide puis plantées de lierre.
La Belgique avait, comme l'un des rares participants, un petit jardin intérieur à sa disposition : un havre de paix vert au milieu des palais internationaux où la haute technologie était présentée. Le pavillon intérieur belge était indiqué à l'avant par l'homme vert en fer d'environ 350 cm de haut.
Jacques Wirtz a conçu le jardin belge comme une spirale montante avec l'Atomium au centre, flanqué de 4 autres sculptures en fer vert, à l'origine basées sur le conte de Renart, bien connu en Flandre mais aussi au Japon. Cependant, pour des raisons communautaires, le ministre Chabert a décidé de remplacer le lion et le coq par un ours et un paon. Ainsi, la symbolique a été perdue, et nous avons donc fabriqué comme animaux le renard, l'ours, un lièvre et un paon.
Néanmoins, nos sculptures vertes en lierre étaient un bienvenu souffle d'air frais au centre de l'expo 85 qui était placée sous le signe de la technologie au service de l'homme.
Par la suite, les sculptures ont été transférées vers un jardin d'une préfecture au Japon.
Je suis encore extrêmement fier d'avoir pu réaliser mes structures vertes en lierre à l'âge de 23 ans. Elles ont été le début d'une carrière artistique en tant que forgeron et artiste.